Journal de bord de l'Harmattan
Wed, 09 Feb 2011 12:00:00 - 98° 23’ 231E 07°57’ 786N
N° 283 - Envie de grand large

13H en France, 19 heures heure du bord,

SĂ -wĂ t-dii, bonjour Ă  tous,

Super top nos « clims », encore une nuit de repos sous une température idéale et sans moustiques. Cela change vraiment la vie, nous n’en pouvions plus de ne pas dormir.

Ce matin j’ai reçu un mail de mon frère, il est en train de traverser l’Atlantique sur son bateau avec deux équipiers. Ils filent à plus de 7 nœuds de moyenne avec 25 à 30 nœuds de vent. Ils sont déjà au milieu du parcourt. Je les imagine facilement et les envie vraiment. Quel bonheur ces grandes traversée, surtout si le vent souffle bien et que le bateau se régale. Avec Jacky nous n’avons qu’une hâte, c’est de repasser le chenal d’entrée dans le sens inverse, de hisser les voiles et de nous retrouver en pleine mer. C’est comme une drogue, cela devient une addiction, c’est trop de bonheur.

Ce qui me surprend énormément, ce qui me fait me poser de nombreuses questions, c’est que depuis son départ de Marseille ses passagers sont perpétuellement malades et qu’ils sont si chahutés qu’ils prennent des bleus. Pourtant il a eu plusieurs équipages. Son bateau est un Nauticat, très haut sur l’eau avec une quille étroite et de très grands volumes intérieurs. Au port c’est le bateau idéal, avec un salon de pont et une chambre royale avec lit central, mais à la mer je pense que c’est un bateau extrêmement inconfortable, ce n’est pas vraiment un bateau de tour du monde.

Je n’imagine pas un bateau de tour du monde autrement qu’avec une quille longue. D’abord il faut pouvoir passer sur un filet de pèche sans que celui-ci s’accroche dans la quille. En mer de Java, en mer d’Andaman, il y a des milliers de filets de pèche, il est impossible d’éviter toutes les bouées tellement il y en a ou bien alors il ne faut naviguer que de jour et être à la barre continuellement.
Ensuite la quille longue apporte une stabilité de route qui rend le bateau confortable. Sur Harmattan, c’est vraiment exceptionnel qu’un équipier (ou le capitaine) soit malade. Il faut ensuite une voilure ramassée, avec des mâts plutôt petits et de longues bômes, et puis un bateau étroit avec des couchettes le long de la coque pour pouvoir se caller à la mer. Les longues traversées doivent être un régal et non une épreuve.

Je crois qu’il faut un bateau très bas sur l’eau de façon à ce que les vagues qui viennent de travers ne puissent pas trop le bousculer. Ainsi les anciens concevaient des bateaux avec une tonture de pont prononcée, c'est-à-dire un avant très haut pour se défendre lorsque l’on remonte au vent, un arrière légèrement relevé pour se défendre des déferlantes venant de l’arrière et un milieu de bateau très bas sur l’eau. C’est comme cela qu’Harmattan est construit, dans les ports les gens sont toujours étonnés qu’il soit le plus bas sur l’eau de tous les bateaux du port. Aujourd’hui les architectes conçoivent des bateaux dont le pont est aussi plat qu’une planche à repasser, c’est bien au port, cela donne du volume intérieur, mais en mer c’est absolument inconfortable.

Quel dommage qu’aucun chantier aujourd’hui ne construise de véritables bateaux de voyage. Traverser les océans sur Harmattan est un véritable régal, le bateau ne se défends pas dans la mer, il compose avec, il se fait plaisir et cela se voit, cela se sent. Je peux passer des heures à le regarder faire. Je crois que la voute arrière est également très importante. C’est elle qui travaille et qui assouplit le mouvement lorsqu’une très grosse houle arrive de l’arrière. Mais aujourd’hui on veut une jupe arrière pour se baigner. On le paye très cher en haute mer.
Ici il fait de plus en plus chaud, un peu orageux, pas d’air, c’est éprouvant. Ce matin Jacky a passé la deuxième couche de peinture pendant que je travaillais dans la salle machine. Sur un bateau il y a toujours des surprises et on ne sait jamais où cela va s’arrêter. Mon levier de gaz était extrêmement dur, je démonte et m’aperçois que c’est carrément le levier sur la pompe à injection qui est grippé. Même le gros ressort est incapable de ramener le levier, du coup je n’ai plus de ralenti. Quelques pschitt de WD40, le produit magique, et tout revient en ordre mais j’ai trop tiré sur la manette de gaz qui était débranchée, la voilà bloquée. Je suis obligé de démonter toute la colonne de barre, résultat une matinée de perdue. C’est aussi cela la plaisance.

Ce soir nous avons remonté la capote et l’artimon, Jacky a lavé le bateau, nous sommes fin prêts pour retourner à l’eau. Nous avons rendez vous avec le slip demain matin à 10 heures.

A bientĂ´t.

Jean Louis
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