Journal de bord de l'Harmattan
Mardi 22 septembre 2026, Ă  17 h TU, 19 h en France. - A Cergy
N° 1424 - La prĂ©cision des mots

Bonjour Ă  tous,

Je suis allé passer quelques jours sur Harmattan, mon cher bateau que j’aime tant. La peinture du roof est terminée. J’ai vu le brooker, le gars qui vend les bateaux d’occasion à Navy Services. Et j’ai bien compris qu’il ne saurait pas vendre Harmattan. Il est habitué à vendre les bateaux d’aujourd’hui qui sont très clinquants mais pas très solides. Il ne connait rien aux vieux bateaux, à toutes leurs qualités et surtout à leur âme sans parler de l’aspect esthétique.

Je me souviens parfaitement de la première fois où j’ai vu Harmattan le long d’un ponton, dans le vieux port de Marseille. Il était en très mauvais état mais j’ai eu immédiatement un véritable coup de foudre. Je n’ai eu de cesse de le remettre en état pour qu’il continue à naviguer. Je ne le céderais qu’à un acheteur qui ressentira le même coup de foudre et qui s’engagera à en prendre soin et à tout faire pour qu’il continue de parcourir les océans.

Au retour j’ai pris la route en début d’après-midi. Je me suis arrêté à Beaune pour passer la nuit et je suis allé dîner dans un véritable « routier ». Oui, ça existe encore ! J’adore ces restaurants, c’est toujours un bon moment.

Ce sont des tables de deux et je me retrouve en face d’un routier corse. Nous échangeons et je lui parle de mon parcours, mon tour du monde en solitaire en me dialysant, mon passage du Cap Horn …

Immédiatement, comme à chaque rencontre, une affirmation fuse « Vous êtes très courageux ». Et comme à chaque fois, cela me choque. Pour moi le courage c’est se glisser sous les décombres après un tremblement de terre pour sauver des gens alors que des répliques peuvent se produire.

Un autre exemple d’acte de courage c’est l’assaut spectaculaire des hommes du GIGN le 26 décembre 1994 sur un Airbus A300 à Marseille. Dans l’avion un groupe de terroristes lourdement armé tient les 227 passagers et les 12 membres d’équipage en otage.

Pour qu’il y ait courage, il faut qu’il y ait danger, et ce n’est pas mon cas. Durant les 70 000 milles marins que j’ai parcourus à bord de l’Harmattan, je ne me suis jamais senti en danger, mon bateau est extrêmement robuste, conçu pour affronter les mers les plus rudes et je l’ai préparé en imaginant tout ce qui pouvait arriver.

Nous aimons tous voir une tempête, c’est grandiose. Lorsque la mer explose sur le phare du Four ou sur le phare de la Jument en Bretagne, c’est énorme. Mais, le bateau n’est pas un récif où la mer vient se briser, il suit la mer. Dans les vagues il monte et il descend. Quelquefois la mer brise et explose sur le plat-bord faisant trébucher le bateau. Mais s’il est solidement conçu, il ne risque rien. Il peut se coucher sur l’eau pour amortir le choc mais il va se relever immanquablement.

A bientĂ´t
Jean-Louis
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